Intervention de Rémi Féraud relative à l’aménagement des berges de Seine

lundi 26 septembre 2016

Rémi Féraud, Président du groupe socialiste et apparentés

Seul le prononcé fait foi

 

Madame la Maire, mes chers collègues,

Vous l’avez rappelé, le vote auquel nous allons procéder aujourd’hui sera historique et crucial pour l’avenir de notre capitale. C’est donc un moment important que nous vivons ce matin et qui vous a demandé, Mme La Maire, beaucoup de courage et de conviction, tant les pressions conservatrices sont fortes et parfois irrationnelles dans ce débat. Mais en même temps, c’est une des marques de fabrique de ce mandat : la fidélité à nos engagements de campagne.  La piétonisation des voies sur berges est en effet un projet phare du programme validé par les Parisiens en 2014. Il est de plus attendu et souhaité par une large majorité de Parisiens. Un récent sondage IFOP pour la fédération PS de Paris, réalisé du 16 au 21 septembre 2016, a montré des résultats sans appel : 55% des Parisiens sont favorables à la piétonisation des berges de Seine rive droite, et l’adhésion atteint 58% chez les Parisiennes, et même 62% pour la population des arrondissements centraux, conscients que leur cadre de vie en sera considérablement amélioré.

L’ouverture des berges de la Seine rive droite aux piétons est particulièrement populaire auprès des jeunes générations : 69% des 18-24 ans la soutiennent, tout comme 61% des 25-34 ans.

Loin d’être vécue comme un frein à l’économie, cette mesure est plébiscitée par les travailleurs : 65% des travailleurs indépendants (commerçants, artisans) sont favorables, et 59% des actifs dans leur ensemble.

Alors qu’une partie de la droite, par démagogie et caricature, parle « d’une mesure de bobos contre les prolos », ce sondage vient rétablir la vérité : la piétonnisation rive droite suscite l’adhésion des classes populaires, avec 66% des ouvriers et 63% des employés qui s’y disent favorables.

De même, elle s’inscrit dans le mouvement de toutes les grandes métropoles françaises et mondiales de reconquête des berges de fleuve et des cœurs de ville au profit des piétons et des circulations douces. Dans la droite ligne des engagements de la COP 21, ces projets d’aménagement ont pour objectifs de diminuer la place de la voiture, source majeure de pollution, et de préserver la santé de nos concitoyens. Alors que la pollution atmosphérique tue chaque année 48 000 personnes en France, dont 2500 à Paris et 6500 dans la Métropole du Grand Paris, et qu’elle réduit de 2 ans l’espérance de vie des habitants de la Métropole,  l’amélioration de la qualité de l’air est une préoccupation majeure des Franciliens ; nous avons donc une obligation morale sinon légale d’agir. Et contrairement à ce que j’entends parfois chez les climatosceptiques qui se multiplient ces derniers temps, l’un des principaux leviers est d’agir sur le trafic routier, celui-ci générant deux tiers des émissions de dioxyde d’azote et 56 % des particules fines (PM 2,5) dans Paris.

J’avoue d’ailleurs avoir un peu de mal à suivre la position des Républicains qui oscillent entre un Nicolas Sarkozy qui attribue maintenant le réchauffement climatique à la surpopulation, une Présidente de la Région Île de France qui rêve de construire de nouvelles autoroutes et une présidente du Groupe au Conseil de Paris et candidate à la Primaire qui serait pour une fermeture des voies sur berges mais pas tout de suite, pas là où on l’a choisie. Qui voudrait promouvoir un autre projet  qui fait passer alternativement les voitures sur les quais hauts et les quais bas, dans une logique qui échappe à tout bon sens, quitte à congestionner entièrement Paris en cas de crue de la Seine ! Bref, personne ne comprend rien à la position de la droite, sinon qu’il est urgent d’attendre. C’est certain, le statu quo est toujours plus commode que l’action mais nous avons décidé d’être courageux plutôt que de laisser la pollution ravager la santé des Franciliens.

Et puis, nous le savons, la question en réalité n’est pas de savoir s’il faut diminuer la place de la voiture en ville ni même s’il faut leur fermer l’accès aux berges mais bien de savoir quand il faudra le faire. Dans 5 ans, dans 10 ans plus personne ne voudra revenir en arrière et les enfants incrédules auront du mal à imaginer que ces berges classées au Patrimoine mondial de l’UNESCO aient pu un jour être une autoroute urbaine à l’usage exclusif des automobilistes.

Vous le savez, nous ne nous découragerons pas, pas même à cause d’un avis défavorable de la commission d’enquête publique. Ce rapport est extrêmement partial et de parti pris. Aux études rigoureuses conduites par la ville, il oppose des commentaires et observations, non étayés ou fiabilisés par des études ou enquêtes.

Notre responsabilité vis-à-vis des Parisiens, des familles, des enfants qui grandissent dans cette ville, des personnes fragiles ou encore de tous les usagers et visiteurs de Paris, notre responsabilité est de tout faire pour faire baisser la pollution à Paris. La piétonisation des voies sur berge est un projet clé pour atteindre cet objectif. Il a été construit de manière rigoureuse, dans le cadre d’une large concertation. Rien ne pourra nous en détourner – et notamment pas l’intérêt des seuls conducteurs qui, dans le centre de Paris, rappelons-le, sont à 84% des hommes, à 64% des CSP + et qui, pour 80% du total, sont seuls dans leur voiture. C’est pourquoi nous voterons bien entendu pour les délibérations qui permettent de poursuivre ce projet malgré l’avis défavorable de la commission d’enquête, qui est purement consultatif. Vous l’avez rappelé Madame la Maire, nous ne pouvons pas prendre le risque de mettre en danger la santé des Parisiens en retardant un projet indispensable pour poursuivre la lutte contre la pollution.

Sans revenir sur les nombreuses approximations ou contrevérités contenues dans le rapport d’enquête publique, je voudrais néanmoins dissiper quelques malentendus.

D’abord, le périmètre de l’enquête a été défini en plein accord avec le Président de cette commission, sur le territoire du lieu d’implantation de l’opération. Mais bien entendu, tous les citoyens ont eu la possibilité de s’exprimer et tous les périmètres d’études ont été pris en compte, en particulier pour les études d’impact analysées à l’échelle de l’île de France. De même, une large concertation a eu lieu, tant à Paris qu’à l’échelle métropolitaine avec notamment la saisine de tous les départements d’Ile-de-France et des collectivités concernées.

De même, toutes les études d’impact confirment que les reports de circulation sont concentrés et absorbables sur l’hyper centre de Paris et que les reports en banlieue sont extrêmement mineurs. Les allongements de parcours restent très modérés. En pratique, l’expérience de la rive gauche a montré que la réalité est plus favorable que les simulations et que la circulation s’adapte aux aménagements réalisés : les allongements de temps de parcours effectifs aujourd’hui sont bien moindres que ce qui avait été prévu par les modélisations.

Par ailleurs, le rééquilibrage constant depuis 2001 au profit des circulations douces s’est toujours accompagné d’un développement des offres de transport alternatives.

Paris, par sa contribution au STIF, y participe très largement, passée de moins de 20% à 30% du total des collectivités franciliennes entre 2003 et 2015. Les moyens de substitution à l’utilisation de la voiture existent donc bien et continuent de se développer.

Cette augmentation significative a permis de renforcer l’offre des différents modes de transport. Ainsi l’offre métro a augmenté de 9% entre 2004 et 2014. L’offre du RER A augmenté de plus de 10% sur la même période. Et l’offre du réseau de surface (bus et tram) a augmenté de 19% entre 2004 et 2015. L’augmentation des contributions publiques a également permis de lancer le renouvellement du matériel roulant comme le passage de rames à 2 niveaux pour le RER A ainsi que la modernisation du réseau existant comme l’automatisation de la ligne 1, les travaux en cours sur le RER A et le RER C, …

Cette amélioration de l’offre de transport en commun se poursuit à travers de nouveaux projets d’investissement, comme avec la création et prolongements successifs de la ligne de tramway T 3, le prolongement de la ligne M 11 et du RER E, le prolongement de la M14 à Mairie de St Ouen pour désaturer la ligne 13 ou encore le projet de restructuration du réseau de bus parisien.

Enfin, la ville, le STIF et la RATP travaillent en vue du prolongement de la ligne 72, et de la création d’une ligne de bus à haut niveau de service sur les quais hauts pour toujours améliorer la desserte en transports en commun.

Sur l’impact économique de la piétonisation des berges, là encore, nous savons de manière fiable et argumentée qu’il sera extrêmement bénéfique, à l’instar de toutes les villes qui ont limité la place de la voiture dans leur centre et qui connaissent des développements économiques et une attractivité croissante.

On sait aujourd’hui, à partir des retours d’expériences à travers la France et le monde (New York, Londres, Séoul, Lyon, Bordeaux…) que ce type de projet, contribuant à améliorer la qualité du cadre de vie,  constitue un facteur essentiel dans le choix d’implantation des entreprises.

Enfin, en matière écologique, nous savons que ce projet va permettre de créer un véritable corridor naturel en ville et participer à la préservation de la biodiversité, à l’honneur aujourd’hui dans notre Conseil. Je me réjouis que cette cause soit érigée au rang de Citoyenne d’honneur de la Ville, menacée qu’elle est dans son existence. Nous savons que si la biodiversité disparait, ce sont les hommes qui meurent à leur tour.

Pour toutes ces raisons, nous voterons pour ces délibérations et appelons solennellement tous les élus à faire de même. Il en va de notre responsabilité.

 

Je vous remercie.

Partager :

Réagir

agenda

    No events

Groupe Socialiste et Apparentés
5 rue de Lobau
75004 Paris
Tél : +33(0)1 42 76 54 82