Intervention de Léa Filoche relative à la création d’un centre de premier accueil humanitaire – Séance du Conseil de Paris des 26 au 28 septembre 2016

mercredi 28 septembre 2016

Seul le prononcé fait foi

 

Madame la Maire, Mes chers collègues,

Depuis juin 2015, Paris comme beaucoup de villes d’Europe, fait face à l’arrivée de très nombreux réfugiés sur son territoire. Plus de 15.000 d’entre eux ont été mis à l’abri, grâce à la mobilisation conjointe des associations, de la Ville de Paris et de la Préfecture de Région Ile-de-France. Depuis juin 2015, à Paris comme dans beaucoup de ville d’Europe, des campements sauvages et insalubres sur l’espace public se sont succédés faute d’une réponse digne de la part de l‘Etat et de l’Europe. C’est donc avec force que Madame la Maire, vous avez pris l’initiative au printemps dernier pour prévenir l’apparition de campements sur l’espace public parisien. Mais vous vous êtes aussi engagée parce que comme de nombreux parisiens, vous ne pouvez plus vous contenter de solutions provisoires, précaires et sans alternative concrète.

La ville monde qui protège, qui était au cœur de vos engagements lors de la campagne municipale, se doit en effet de répondre aux réfugiés qui, fuyant la guerre ou la misère se dirigent vers les grandes villes européennes, au risque de leur propre vie, mais aussi malgré les conditions d’accueil qui à l’arrivée ne sont pas à la hauteur. Madame la Maire, vous le savez, ce mouvement n’est d’ailleurs pas près de s’arrêter. Le nombre croissant de tentatives de traversées depuis la Lybie, ou encore le pilonnage actuel honteux notamment de la ville de Alep en Syrie, ne vont pas dans le sens de la fin de crise. Certes ce n’est pas d’ici que nous pouvons mettre fin aux inégalités dans le monde, ni même imposer d’autres choix politiques en matière de développement, mais nous pouvons à notre niveau prendre des mesures pour que les conditions dans lesquelles arrivent et séjournent les réfugiés puissent être meilleures. Et, Madame la Maire, avec Dominique Versini et votre exécutif, vous choisissez cette voie avec conviction et engagement. Je souhaite donc partager avec vous, mes chers collègues, ma fierté d’appartenir à la majorité municipale de cette ville qui assume son rôle et s’engage pour qu’une autre politique d’accueil des réfugiés puisse enfin se faire jour.

Nous ne pouvions plus nous contenter de démanteler des campements sans que des solutions plus pérennes puissent être vraiment proposées. Nous ne pouvions plus admettre que des femmes, des enfants, des hommes, des jeunes et des moins jeunes restent sans plus de suivi, dehors, sur nos trottoirs, sans soins et sans accompagnement à long terme. Nous ne pouvions non plus laisser se tenir des propos allant à l’encontre totale de nos valeurs, de solidarité, de tolérance, mais allant aussi à l’encontre du principe de réalité que les parisiens et les élus que nous sommes constatent quotidiennement.

Alors, l’ouverture de ce centre d’accueil veut aujourd’hui répondre à une urgence à laquelle tous les élus de terrain de Paris ne peuvent que convenir. Opérant d’ici à la mi-octobre, situé à Paris, dans le 18ème arrondissement, ce centre sera un lieu d’accueil pour celles et ceux qui arrivent quotidiennement dans la capitale. Ce lieu sera aussi un site destiné à accueillir jusqu’à 600 hommes isolés qui s’inscrivent dans une démarche de demande d’asile pour une période de 5 à 10 jours, le temps d’être pris en charge dans les dispositifs. Ce site sera doté d’un pôle santé permettant la réalisation d’un diagnostic infirmier et d’une prise en charge des traumatismes psychiques. Son organisation interne, construite en lien avec les migrants déjà accueillis dans les centres d’hébergement d’urgence de Emmaüs, a souhaité s’appuyer sur les expériences récentes, et sur la possibilité de le moduler et des faire évoluer les choses en fonction des besoins.

Ce centre d’accueil sera aussi l’occasion d’enfin faire entendre un discours allant dans le sens de la solidarité nationale. Je dois dire aussi ici combien je suis choquée d’entendre les propos de certains présidents de Région, qui font barrage à cette solidarité nationale indispensable, historique et même inévitable. La pétition d’un certain M. Wauquier, demandant à ce qu’il n’y ait pas de réfugiés dans leur ville, mène forcément à ne surtout pas trouver de solution à la réalité qui pourtant s’impose. Ce positionnement mène aussi forcément à ce que la situation actuelle, qui fait que les quartiers populaires du Nord Est parisien continuent suber des occupations complexes de l’espace public. Ce positionnement conduit à libérer des paroles xénophobes et racistes insupportables et que je condamne et qui me font me dire que nos engagements en faveur de la solidarité, du vivre ensemble, sont d’autant plus légitimes.

Le second site, situé sur le territoire d’Ivry sur Seine, que je tiens à saluer aussi pour son engagement, ouvrira dans un second temps pour mieux accueillir, sur des temps plus longs et très encadrés, des femmes, des familles, des enfants, des jeunes isolés.

Ces sites sont cofinancés en investissement à 80% par la ville et à 20% par l’Etat, et en fonctionnement à 50/50. Il était essentiel d’arriver à ce co financement qui va montrer l’exemple au niveau national. Jusqu’ici il est vrai nous pouvons regretter que l’Etat ne soit pas parvenu à instaurer une politique claire et volontariste, malgré une urgence qui n’a fait qu’augmenter depuis au moins 1 an. Mais cette nouvelle démarche devra continuer à se développer, se reproduire dans d’autres villes, plus ou moins grande, à être portée par une volonté politique forte, parce que l’histoire qui sera écrite sur cette période devra être une histoire de solidarité, de promotion des valeurs de la République, notamment la fraternité. Nous ne céderons pas ni aux pressions ni aux menaces.

L’incendie du centre d’hébergement de l’Essonne nous montre combien nous devons tenir sur le fond, comme sur la forme et combien nous devons agir vite, parce que l’urgence est bien là. Nous ne serons pas ceux qui défendent le repli sur soi, ou le renvoi des responsabilités. Nous serons, ici avec vous Madame la Maire et votre exécutif très impliqué, et vous chers collègues qui voterez en faveur de cette délibération de ceux qui auront agi, assumé et qui pourront ainsi continuer de porter fièrement nos valeurs républicaines.

Je vous remercie de m’avoir écouté et de voter favorablement pour ces délibérations.

 

lf_vignette_tw_sept2016_dlh133_2 lf_vignette_tw_sept2016_dlh133

Partager :

Réagir

agenda

    No events

Groupe Socialiste et Apparentés
5 rue de Lobau
75004 Paris
Tél : +33(0)1 42 76 54 82